Books en série

10 octobre 2019

Rentrée littéraire 2019 : De pierre et d'os de Bérangère Cournut

De pierre et d'os est le roman qui me faisait le plus envie de cette rentrée littéraire.

Même si Bérangère Cournut est française, elle semble avoir l'habitude de s'intégrer plusieurs mois à des peuples non occidentaux afin de raconter au mieux leurs histoires. 

Toutefois je précise tout de suite ici que si De pierre et d'os ne nous informe pas sur l'année où se déroule l'histoire, celle-ci a lieu dans le passé ; à une période où les occidentaux n'étaient pas encore venus à leur rencontre et n'avaient pas encore envahi leur territoire, où la science et la mondialisation ne les avaient pas encore rattrapés pour anéantir les esprits qui veillaient sur eux.

 

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L'histoire qui nous est présentée sur la 4e de couverture n'est pas représentative du roman. De pierre et d'os est le récit d'une vie de femme. Celui-ci commence la nuit où Uqsuralik est séparée de sa famille par un effondrement de la banquise. C'est une nuit doublement symbolique puisque c'est aussi la nuit de ses premières règles. Le lecteur va suivre la jeune femme tout au long de sa vie, dans les épreuves comme dans les joies. 

Cela va être surtout l'excuse de découvrir le quotidien des Inuits d'autrefois, leurs coutumes, leurs croyances et leur culture. Dans un monde de glace il est fascinant de découvrir quelle était leur nourriture et il peut nous paraitre étrange de les voir se nourrir de viande crue, de poussins vivants, d'œufs crus, de cartilage, de sang de phoque...
Il est également intéressant de découvrir une civilisation sans gouvernement, sans hiérarchie sociale, sans même un système judiciaire. L'absence totale d'agriculture (même de balbutiements) se traduit par une forte incertitude dans l'avenir et un risque accru de famine qui hante les histoires au coin du feu. La dépendance des Inuits pour la chasse, entraîne les membres d'une même famille à se réunir ou à se séparer selon l'abondance du gibier. Or l'absence complète de moyens de communication rend plus qu'incertaines des retrouvailles futures. Evidemment tout cela sous-entend aussi une vie rythmée par les saisons.

Mais ce qu'il y a eu de plus passionnant dans ce livre c'est la magie dont est empreint le texte. Comme dans beaucoup de récits des peuples non occidentaux, la perception de la réalité diffère de la nôtre. Le lecteur se retrouve alors face à un monde rempli d'êtres surnaturels et à la merci des esprits. C'est particulièrement le cas avec la culture Inuit où les événements trouvent toujours leurs sources sur un plan métaphysique où seul les esprits peuvent agir (d'où la grand importance des chamans). La réincarnation est poussée à l'extrême en associant les enfants aux parents morts, en leur attribuant leur nom mais également leur histoire. Cela créé des filiations quelque peu étranges. 

Cet aspect surnaturel est notamment présent à travers les chants qui sont intégrés dans le récit. C'est alors l'occasion de découvrir un autre point de vue que celui d'Uqsuralik. Mais l'autrice ne fait pas seulement chanter les humains, les esprits ont également leur mot à dire... Ces chants font parfois avancer l'histoire ou explicitent une situation. Ils donnent surtout une touche de poésie dans une écriture aride.


En plus de la présence de déités et d'animaux légendaires de la culture inuit, nous découvrons un peuple en accord avec la nature et tous les êtres vivants ; honorant leurs proies et respectant leurs âmes. C'est également une autre conception des relations familiales et de la parentalité, mais surtout de la vie en communauté.

Cela aurait pu être une excellente lecture si je n'avais pas buté sur le style de Bérengère Cournut. Ses phrases sont courtes et concises. Il y a un aspect très factuel dans sa façon de présenter les événements. Ainsi, bien que la narration soit faite à la 1ère personne, cela entraîne une distance avec Uqsuralik qui rend difficile toute empathie. Si l'héroïne passe par des moments très difficiles, montrant un courage et une force de caractère admirables, l'écriture m'a empêchée de m'identifier à elle. J'ai même parfois eu du mal à la comprendre, ce qui n'aurait pas dû se produire puisque j'étais littéralement dans sa tête.

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08 octobre 2019

Histoires d'animaux

Entre mes lectures pas forcément très gaies de la rentrée littéraire, j'ai découvert deux petits ouvrages sympathiques.

 

Je ne suis personnellement pas fan des enquêtes policières. Avec La griffe du chat de Sophie Chabanel je pensais tomber sur un policier léger comme de ceux que j'aime lire l'été, quelque chose avec de l'humour et qui ré arrange les codes du genre à sa sauce.

La griffe du chat

Manqué. Il s'agit d'une enquête policière classique avec un mort et tout ce qui va avec. Et comme j'avais à peu près résolu le crime à la moitié du livre elle ne m'a pas vraiment tenue en haleine. Le titre vient du fait que le défunt était le patron et le propriétaire d'un bar à chats. Il avait également une épouse horrible, un meilleur ami célèbre, une ex-femme dont il était encore amoureux et un père dont la mort injuste le hantait encore.

Mais il y a bien un côté décalé seulement celui-ci tient des personnages et non de l'histoire. Nous avons ainsi accès aux pensées de la commissaire Romano, une femme intelligente, féministe, libérée sexuellement, sarcastique, indépendante et à un poste important dans un univers encore très masculin. Son capitaine, Tellier, est un utopiste devenu policier par conviction et qui part souvent dans des tirades moralisatrices inspirées. Le reste du commissariat de Romano est constitué de tous les bras cassés de Lille qui ont eu la bonne idée de devenir policiers et qu'on lui refile sans vergogne.

Les réflexions de Romano sont truculentes. Son management est génial. J'ai eu un coup de cœur pour cette femme. 

Info : publié en VO (français) en 2018 chez Seuil / publié en poche chez Points en 2019 au prix de 7.20€.

 

On reste avec un félin, mais cette fois du genre prédateur avec Les huit morts de Julian's Creek d'Elizabeth Crook.

Les huit morts de Julian's Creek

J'ai eu du mal avec cette lecture, mais en partie par ma faute. A la lecture du résumé j'ai cru à un roman young adulte. Je me suis même demandé pourquoi il n'avait pas été édité chez Pocket Jeunesse au lieu de 10/18 (les deux appartenant au même groupe).

Toutefois je me suis rapidement rendue compte de mon erreur lors de la lecture. Il est bon parfois d'être surpris et de se rappeler que tout ne doit pas être rangé dans de petites cases.

Les huit morts de Julian's Creek c'est l'histoire de la confrontation entre les deux enfants Shreve, Samantha 12 ans et Benjamin 14 ans, et un puma (appelé alors "panthère") au Texas en 1863 en pleine guerre civile. Ce face à face, véritable jeu du chat et de la souris, se déroule sur plusieurs jours, sur plusieurs épisodes (il y a en fait plusieurs confrontations), les amenant à la rencontre de différents personnages et à parcourir une grande distance. C'est pourquoi je trouve le titre français très mal choisi (car sans rapport avec la panthère), alors que le titre original The Which Way Tree prend tout son sens à la lecture du roman.

Clairement le public visé est adulte avec une profusion de détails qui donne au récit un rythme plutôt lent malgré des protagonistes toujours en mouvement et souvent mis à mal. De même il n'est pas question des thèmes abordés dans les romans young adult. Le livre parle de chasse dans la majorité du livre. On y parle également de conscience et de vengeance, de foi et de regrets.

Info : publié en vo (anglais américain) en 2018 chez Little, Brown / publié en français en 2019 chez 10/18 au prix de 17.50€.

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05 octobre 2019

Rentrée littéraire 2019 : La douceur de nos champs de bataille de Yiyun Li

L'ouvrage ouvre sur le poème Dispute d'Elizabeth Bishop dont est tiré le titre.

La douceur de nos champs de bataille est un dialogue entre Yiyun Li et son fils de 16 ans qui s'est suicidé quelques mois plutôt. 

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L'autrice décide de créer un monde hors du temps où le retrouver. Un monde fait de mots, sans image, son ou tonalité. Car la mère et le fils ont en commun la passion des mots. Elle est écrivaine et il écrit de la poésie. Durant le livre on assiste d'ailleurs à de véritables débats sur les mots : substantif, adverbe et adjectif ; néologisme, linguistique et étymologie. Cette recherche du mot juste ou de la définition de ceux émis par son fils, donne une complexité linguistique au livre qui ralentit la lecture et complexifie la compréhension. Finalement c'est une réflexion sur les mots et donc une réflexion sur le travail d'écrivain qui s'installe.

Mais l'ouvrage a bien sûr un aspect plus dramatique et personnel. Le récit oscille entre digressions intérieures et dialogue. Il se déroule au fil des pensées de Yiyun Li, en proie à des questionnements parfois philosophiques, parfois plus terre à terre, tous liés à l'absence de son enfant et aux souvenirs d'un passé où il vivait. Elle pense et repense la relation mère/fils, tente de repousser les regrets. Elle continue les conversations qu'elle a eu avec son lui, revient sur leurs désaccords, reprend les mêmes argumentations, dans un éternel recommencement. En étant dans ce monde hors du temps avec lui, c'est finalement le monde réel sans lui qu'elle raconte.

J'ai d'abord trouvé très étrange que ce livre ait été peu commenté alors que le précédent avait gagné un prix et était apparu dans de nombreux articles. Mais à la fin de ma lecture le questionnement était différent. A-t-on le droit de donner son opinion sur un livre comme celui-ci ? De toute façon s'adresse-t-il jamais à nous ? A-t-on même le droit de lire ces lignes si intimes? Qui nous a autorisés à pénétrer ce monde créé pour son fils et elle ?

Je n'ai jamais autant ressenti que la lecture pouvait être intrusive qu'avec ce livre. Ce à quoi nous assistons ici c'est son processus de deuil. Même si ce mot est vide et inepte.

Info : publié en vo (anglais américain) en 2019 chez Random House / publié en français en 2019 aux éditions Belfond au prix de 20€ TTC.  

 

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18 septembre 2019

Rentrée littéraire 2019 : Les réfugiés de Viet Thanh Nguyen

Les réfugiés de Viet Thanh Nguyen est présenté comme un recueil de huit histoires mettant en scène des Vietnamiens ayant fui le régime communiste à la fin de la guerre du Vietnam pour tenter un nouveau départ aux Etats-Unis. 

 

 

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L'auteur nous raconte des instants de vie, des moments clés pour le protagoniste principal. Il ne s'agit pas de récits à la 1ère personne, mais l'histoire nous est contée d'un point de vue interne. Il est vrai que le lecteur découvre tout un panel de réfugiés. Certains sont venus seuls aux USA, d'autres sont en famille ; les âges diffèrent, les époques également. Les expériences de la guerre du Vietnam ne sont pas les mêmes. Leur façon de gérer leurs souvenirs et le devoir de mémoire est également diverse. 

Mais en réalité certaines histoires du recueil m'ont semblées éloignées du projet initial. L'auteur se penche en effet sur des thématiques variées : deuil, culpabilité, communisme, traumatismes, relation parent-enfant... qui ont pris une véritable autonomie vis à vis des sujets de l'immigration ou de la Guerre du Vietnam. Je pense par exemple à L'autre homme ou à "I'd love you to want me" qui certes mettent en scène des Vietnamiens émigrés aux USA mais qui parlent pour l'un d'homosexualité et pour l'autre du couple face à la maladie.

Chacun de ces huit récits est percutant à sa manière et je ne dirais pas qu'ils sont inégaux. Mais il est évident que certains m'ont beaucoup plus parlé que d'autres. 

Info : publié en anglais en 2017 chez Grove Press / publié en français en 2019 chez Belfond au prix de 20€.

 

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17 septembre 2019

Rentrée littéraires 2019 : La petite conformiste d'Ingrid Seyman

La petite conformiste est une histoire qui n'a l'air de rien, un récit d'enfance comme on en fait beaucoup.

 

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Nous suivons Esther dans sa vie de famille depuis ses trois ans (dans les années 70) puis en primaire et enfin au début de l'adolescence. Ses parents sont un couple d'originaux qui vivent nus dans leur petit appartement marseillais, perturbent leur fille en  parlant de camps de concentration et de collaboration, tout en lui enseignant leurs idéaux soixante-huitards anticapitalistes. Son père banquier se révèle rapidement maniaque, lunatique et hypocondriaque. La mère qu'elle admire est une douce écervelée utopiste et dépendante émotionnellement de son mari.

Esther, la narratrice, nous raconte les événements marquants de son enfance en mettant l'accent sur le contraste entre sa vie de famille et celle des autres élèves de son école privée (ou du moins celle qu'elle s'imaginait). C'est une petite fille tiraillée qui nous est présentée, entre le christianisme et la judéité, entre le capitalisme et les valeurs de gauche, entre son bonheur et celui de sa mère...

Si au début on pourrait penser à un roman drôle et léger, au fil des pages une certaine gravité gagne l'histoire. Même si cela va de pair avec les changements qui s'opèrent chez Esther qui grandit, c'est surtout que la situation familiale empire. Toutefois malgré l'évolution à laquelle on assiste, je n'ai pas compris la fin qui m'a semblé arriver comme un cheveu sur la soupe. Elle aurait mérité au moins une dizaine de pages supplémentaires pour la préparer. J'en sors avec un sentiment mitigé.

Info : publié en français en 2019 aux éditions Philippe Rey au prix de 17€.

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16 septembre 2019

Rentrée littéraires 2019 : Amazonia de Patrick Deville

Le roman Amazonia de Patrick Deville (qui ne l'avait certainement pas prévu) est le titre le plus actuel de la rentrée littéraire aux heures où la forêt Amazonienne brûle. 

 

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Amazonia est un texte riche en références. C'est une lecture que j'ai trouvée passionnante et que je vous conseille, à condition d'aimer faire des recherches en parallèle de sa lecture (vivre les moteurs de recherche) ou de laisser défiler les lignes en acceptant d'avoir une compréhension partielle du récit. 

Patrick Deville a entrepris en 2018 avec son fils Pierre de traverser la forêt amazonienne en navigant sur l'Amazone et ses affluents. Au préalable récit de voyage avec pour thématique l'Amazonie et la relation père-fils, l'auteur reconstitue de façon clairsemée l'histoire des pays d'Amérique du sud depuis les conquistadors jusqu'au XXe siècle. 

Au niveau chronologique l'auteur part dans tous les sens, allant d'une connexion à une autre selon les aléas de sa pensée et de ses souvenirs alors qu'il vogue sur les eaux traversant l'Amazonie. Sautant du coq à l'âne constamment mais avec toujours en fil rouge le pays dont il est question à ce moment de l'histoire correspondant au sens de l'itinéraire géographique adopté par Patrick et Pierre lors de leur périple (Brésil-Pérou-Equateur).

Bien que très factuel, ce que nous raconte Patrick Deville c'est un continent fantasmé, une Amérique du sud littéraire et cinématographique avec ses personnages et événements historiques romanesques. Lieux de tous les fantasmes, l'Amazonie fit rêver des générations entières d'aventuriers cherchant fortune (or, cacao ou caoutchouc). 

J'aime à dire que je pourrais désormais tenir une conversation autour d'un verre au sujet de l'Amérique du Sud, moi qui n'y connaissais rien auparavant. 

Info : publié en français en 2019 aux éditions Seuil au prix de 19€.

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15 septembre 2019

Rentrée littéraires 2019 : Mangoustan de Rocco Giudice

Mon premier livre de cette rentrée littéraire est également un premier roman : Mangoustan de Rocco Giudice. 

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Mangoustan c'est l'histoire de trois femmes entre 30 et 50 ans ayant grimpé l'échelle sociale grâce au mariage : Laure, Irina et Melania. Pour des raisons différentes chacune cherche désormais à s'émanciper.

Je ne suis pas certaine d'avoir beaucoup à en dire. Mangoustan est un livre de moins de 200 pages agréable à avoir en main par sa forme et sa couverture satinée. Par sa narration alternée entre les trois personnages, ses chapitres courts et sa mise en page espacée, sa lecture est fluide. 

J'ai aimé que l'histoire ne tombe jamais dans le dramatique ou le tire-larmes. Les passages sur Melania Trump sont même assez drôles. L'auteur ne juge jamais ces femmes et leur donne suffisamment de consistance pour que le lecteur comprenne leur parcours et leur état d'esprit actuel. J'ai apprécié qu'elles ne soient jamais présentées comme des croqueuses de diamants, mais au contraire comme faisant partie intégrante du succès de leurs conjoints.

Mais il est vrai que je n'ai pas non plus ressenti beaucoup d'émotions lors de cette lecture. On ne s'attache pas aux héroïnes et par conséquent on manque d'empathie pour elles. Cet aspect ne m'a pas dérangé, mais lors de quelques passages clés de l'histoire cela aurait donné plus de relief au récit.

J'imagine que les éditions Allary ont choisi de miser sur ce roman pour la rentrée littéraire en raison de deux thématiques à la mode : les Femmes et Trump.

Info : publié en français en 2019 aux éditions Allary au prix de 17.90€.

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08 septembre 2019

Début de séries : j'essaie les tomes 1 ! - Partie 2

Je continue mon exploration des séries littéraires bon grés mal grés. Dans mon premier post j'ai finalement retenu les Charley Davidson (que j'ai abandonnés après cinq tomes) et La Fille des deux mondes (dont j'attends avec impatience le 3e et dernier livre). Mes choix, je l'avoue, sont un peu hasardeux mais dépendent de mes envies du moment. 

 

J'ai donc été attirée cet été par Geek Girl d'Holly Smaledont le résumé m'a fait penser au synopsis d'une série télé.

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Harriet, geek, socialement inepte, miss-je-sais-tout gaffeuse, est repérée par une agence de mannequinat. Je vous laisse découvrir le contexte qui fait toute la saveur du roman. J'ai beaucoup rit avec ce roman qui revisite l'histoire du vilain petit canard. Si le récit s'éloigne des clichés, cela n'empêche pas l'héroïne d'enchaîner les bourdes pour notre plus grand plaisir. Léger et frais, ponctué des réflexions d'Harriet, ce tome 1 est un appel à l'acceptation de soi et à la différence.

Pour moi ce sont les personnages secondaires qui donnent sa richesse à l'univers de Geek Girl. Harriet est attachante, bien qu'énervante de stupidité quand une situation lui échappe (c'est-à-dire dès qu'il faut interagir avec un autre être humain), car on aime sa maladresse, sa gentillesse et sa perception unique du monde. Nick, le love interest, est mystérieux, bienveillant et sympathique, toutefois il est peu présent dans ce 1er tome. Par contre on adore l'extravagant Wilbur, agent totalement dingue qui donne les pires surnoms ; la terrifiante Yoka, créatrice de mode à la renommée internationale ; la pétillante Alexa, meilleure amie aussi fidèle qu'excessive ; la brillante Annabel, belle-mère extraordinaire ; ou encore le super geek Toby, stalker revendiqué d'Harriet.

Info : Geek Girl T1 a été publié en vo (anglais) aux éditions HarperCollins en 2013 / il est publié en français en 2014 en grand format chez Nathan / puis en poche en 2016 chez Pocket Jeunesse au prix de 7.50€.  / l'histoire principale compte 6 tomes mais de nouveaux livres continuent de paraître racontant des épisodes de l'histoire passés sous silence.

 

 

Depuis que j'ai appris que Le dessin animé Le Château ambulant de Miyazaki était une adaptation du roman jeunesse Le Château de Hurle de Diana Wynne Jones, je souhaitais m'y plonger.

Le Chateau de Hurleso so

Sophie est une jeune fille travaillant comme apprentie dans la chapellerie familiale. Un jour elle reçoit la visite de la sorcière du Désert qui lui jette un sort sans plus d'explication. Devenue une vielle dame elle trouve refuge chez le magicien Hurle, connu pour sa puissance et sa méchanceté. 

La magie est véritablement partout dans ce roman. Chaque objet rencontré semble ensorcelé. Chaque personnage se révèle plus ou moins doté de pouvoir. Le Château de Hurle est fascinant. Sa spécificité nous permet de découvrir différents lieux du royaume d'Ingary. Tout est réuni pour en faire un joli roman d'aventures.

Mais pour moi le livre se divise en deux parties. Dans la première les découvertes affluent. Sophie se découvre plus courageuse qu'elle ne le pensait et laisse de côté son pessimisme. On a presque l’impression de se trouver dans un huis clos dans le château avec Sophie, Hurle, Calcifer et Michael. L'histoire se met en place, on y retrouve l'atmosphère chaleureuse et merveilleuse du Château Ambulant.

Malheureusement la seconde partie est emplie de personnages et de détails qui brouillent l’histoire. On ne sait plus où donner de la tête entre la famille Chapelier, les différents objets/animaux ensorcelés, plus quelques magiciennes aussi inutiles les unes que les autres. 

En plus de tous ces détails Diana Wynne Jones nous sert une histoire d’amour invraisemblable entre les deux héros. A quel moment ont-ils pu tomber amoureux ? L'une est une vieille femme durant toute l'histoire tandis que l'autre passe son temps à courtiser toutes celles qu'il rencontre (dont la sœur de l'héroïne et la sorcière !). Je ne m'étalerai pas sur l'immaturité déplorable du magicien (enchaînant ce qui ressemble à des crises d'adolescence) qui en fait un assez mauvais love interest. Quant à Sophie, elle passe de courageuse, optimiste et débrouillarde au début du roman à maladroite, irréfléchi et niaise. Clairement Diana Wynes Jones a perdu la maîtrise de sa narration dans cette seconde partie. 

Comme vous le devinez ce roman m’a déçue. Je ne lirai pas la suite. Regarder plutôt l'animé de Miyazaki. Il en a prélevé le meilleur et écarté le pire.

Info : publié en vo (anglais) en 1986 sous le titre Howl's Moving Castle chez HarperCollins / tome 2 publié en 1992 avec pour titre Castle in the Air - Le Château des nuages / tome 3 publié en 2008 intitulé House of Many Ways.

 

 

La bit lit est un sous-genre de la fantasy qui tient toujours ses promesses. Rebecca Kean de Cassandra O'Donnell respecte toutes les règles de ce style littéraire : une jeune femme forte, indépendante, célibataire, mystérieuse, puissante, qui va se retrouver aux prises avec le monde surnaturel et un love interest (Raphaël)beau et puissant.

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Bien sûr à partir de là le roman va créer ses propres mythes, établir ses règles et peindre tout un contexte. Rebecca a ainsi une fille qui est elle-même assez singulière. La série va empreinter un peu au roman policier, la jeune femme va devoir enquêter sur des enlèvements ; tout en étayant tout un environnement surnaturel riche intégrant loups garous, chamanes, sorcières, démons, vampires...

J'ai apprécié la lecture du 1er tome même si je n'y ai pas trouvé beaucoup d'originalité. J'ai également regretté le manque d'humour. Le récit est principalement basé sur l'action, ainsi le capital sympathie ne repose que sur quelques personnages dont la fille de Rebecca âgée de 9 ans. Au contraire Rebecca et Raphaël sont plutôt froids et peuvent vite être antipathiques.

Si cela ne m'a pas franchement gênée, j'ai par contre été vite lassée de leurs états d'âme qui ont ralenti ma lecture. Par contre étonnamment les scènes de sexe qui sont souvent des moments clés de la bit litt sont dans ce tome 1 assez rares et très light. 

Info : le 1er tome Traquée a été publié en vo (français) en 2011 aux éditions J'ai Lu au prix de 12.50€ / la série compte à ce jour six tomes / le tome 1 d'une série préquelle intitulée Leonora Kean : Chasseuse d'âmes (avec pour héroïne la fille de Rebecca) est paru en 2019 aux éditions Pygmalion à 14.90€ (attention, cette nouvelle série est basée sur des événements ayant eu lieu dans la les derniers tomes de Rebecca Kean).

 

Je finis par ma plus belle découverte de ce second tour des premiers tomes : Interfeel d'Antonin Atger

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Dans un futur pas si lointain, le monde est dirigé par un gouvernement mondial et presque tous les humains sont reliés à Interfeel, un réseau permettant un partage global des émotions. Cela a transformé les relations humaines et notre façon de communiquer. Nathan et ses amis vivent dans ce qui paraît un monde apaisé et en paix. Mais un jour, pour illustrer son cours sur la servitude volontaire, leur professeur va commettre un acte qui va profondément les marquer et faire monter à la surface des questions gênantes sur Interfeel.

Interfeel représente tout ce que j'aime dans une dystopie. Il met en scène un message sociétal fort et une jeune génération luttant pour ses idéaux. Le monde futuriste du roman prend en compte les technologies d'aujourd'hui et propose une évolution d'Internet, du numérique et des réseaux sociaux très réaliste.

En aucun cas nous n'avons ici affaire avec un tome 1 introductif. L'intrigue du roman est passionnante avec des retournements de situation, de l'aventure, beaucoup de questionnements, un peu de réponses. Les personnages principaux comme secondaires sont travaillés, identifiés et intériorisés, avec une véritable évolution entre le début et la fin du livre. Lors de la conclusion le groupe comme tel et les relations des différents protagonistes les uns avec les autres sont suffisamment établis pour que chacun puisse exister comme être à part entière et prendre son indépendance sans que son appartenance ne soit remise en question. Le meilleur semble donc à venir !

La problématique est assez complexe pour que le lecteur ne sache pas du tout où la suite va le mener. La fin de ce tome 1 est particulièrement prometteuse pour ouvrir un panel de possibilités.

Info : publié en vo (français) en 2018 chez Pocket Jeunesse au prix de 18.50€ TTC.

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17 août 2019

Des romans d'anticipation conjugués au futur proche

 

Depuis ma panne de lecture j'avais abandonné les livres de science-fiction... peut-être pas peur d'en déclencher une nouvelle.  Dans tous les cas ayant encore augmenté mon débit mensuelle j'ai fini par considérer ce risque minime et je me suis lancée...

 

Solar Blast de Delphine Laurent aborde le sujet des éruptions solaires et leurs conséquences sur la Terre. Dans l'histoire une d'entre elles se révèle particulièrement puissante et déclenche une tempête magnétique sur toute l'hémisphère nord de la planète.

 

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Nous suivons d'un côté Helena, promue à la tête des opérations et qui va conseiller aux dirigeants du monde occidental à quelques heures de l'arrivée de la tempête de couper tous les réseaux électriques afin de les préserver. De l'autre côté nous faisons la connaissance de Laly, dix-sept ans, dans un vol en direction de Los Angeles avec son frère jumeau pour un séjour linguistique. En raison de la coupure d'électricité l'avion va se poser en urgence dans une base aérienne abandonnée au Canada dans une région que se partagent une tribu Cri et une tribu Inuit. 

Delphine Laurent, avant d'être une autrice, est une scientifique, je me suis donc autorisée à lui faire confiance sur les informations offertes dans Solar Blast. D'ailleurs le roman mentionne à un moment l'éruption de 1989 qui avait causé une panne générale de tout le réseau électrique du Québec. Cela a permis aux scientifiques d'en déduire que si l'éruption avait été plus forte, les réseaux de train auraient été bloqués, les signalisations coupées, et les systèmes GPS hors d'usage. J'ai trouvé passionnant de découvrir ce phénomène et les conséquences (autres que les aurores boréales) qu'il pourrait avoir.

J'ai donc particulièrement aimé toute la partie concernant Helena, Directrice du le Centre de météorologie spatiale Européen. L'autrice a essayé de correspondre au mieux aux informations que nos scientifiques possèdent sur le sujet. Il était de plus agréable de voir une femme à un poste important dans un domaine hyper masculin sans qu'elle soit décrite comme une garce ou une arriviste. Ses doutes, son histoire et sa romance sont bien équilibrés. 

Par contre du côté du Canada il y a du bon et du moins bon. Les rôles secondaires sont excellents (le commandant Michael, la co-pilote Thelma, le chaman Mingan, sa belle-fille Tuuli). Par contre on voit rapidement les difficultés de l'autrice à s'exprimer à la place d'adolescents (vocabulaire, expressions, tournures de phrases). Cela est gênant durant les dialogues mais s'aggrave lors des monologues intérieurs de Laly qui s'apparentent à des envolées lyriques dignes de certaines fanfictions que l'on trouve sur les sites dédiés

En dehors de ce problème Laly et Matt sont des personnages satisfaisants. On a trop peu d'éléments pour en dire de même sur Sam et Unnuk. Malheureusement la construction de leurs romances est bancale. J'ai eu beaucoup de mal à voir leurs relations évoluer aussi vite en l'espace de quelques heures. Cet aspect m'a semblé d'ailleurs inutile ; pour un livre aussi court j'estime qu'il aurait pu être oublié afin de resserer l'intrigue sur les motivations des personnages.

Le roman me laisse sur un goût d'inachevé, même si je saisis la volonté de l'autrice et son schéma narratif.

Info : publié en vo (français / suisse) en 2019 chez Snag au prix de 17.50€.

 

 

En science-fiction française Bernard Werber est devenu un incontournable, et ses fans attendent chaque année son nouvel opus. Personnellement j'adore ses idées de départ et ses synopsis me font toujours rêver, mais je suis toujours un peu déçue de la direction que prend l'histoire. Cela n'est pas une critique juste une observation, Werber et moi n'avons pas le même imaginaire. Mais ça n'enlève en rien l'admiration que j'ai pour son travail. Par contre, de peur de m'en dégoûter - car ses thématiques sont assez redondantes et ses livres plutôt gros - je n'en lis qu'un tous les un ou deux ans. 

 

La Boîte de Pandorehappy smiley

 

Comme toujours Werber a fait du Werber avec La Boîte de Pandore. Tous ceux qui l'ont déjà lu sauront ce que cela signifie. A partir d'une thématique, ici la réincarnation et l'hypnose régressive, l'auteur va développer tout une théorie des vies antérieures, remontant jusqu'à l'Atlantide et nous donnant sa propre vision de cette utopie datant de 5000 ans avec Jésus Christ.

Le récit débute dans un futur très proche. René Toledano assiste à un spectacle d'hypnose. Choisi par Opale, l'hypnotiseuse, pour monter sur scène, il plonge dans une de ses vies antérieures : un jeune soldat français lors d'une bataille décisive de la première guerre mondiale.

Ce qui est passionnant c'est la multitude de thématiques et de réflexions à la fois spirituelles et idéologiques. Ainsi le héros, professeur d'histoire, est soucieux de rétablir la vérité historique qu'il juge trop souvent falsifiée, et essaie de transmettre un esprit critique à ses élèves. De même à travers les expériences d'un psychiatre sadique, on questionne les liens entre mémoire et émotions. Ou encore dans sa relation avec Opale, René s'interroge sur les familles d'âme.

Mais cela n'empêche pas le livre de partir dans de multiples péripéties. C'est d'ailleurs, pour le moment, le livre de Werber que j'ai lu qui a le plus d'actions. Cela rend le roman quelque peu rocambolesque mais donne un rythme plutôt agréable.

L'histoire qui se passe en 2020 n'est pas forcément des plus crédibles, mais de toute façon je ne pense pas qu'on puisse utiliser ce terme pour les romans de l'auteur. C'est le voyage et la réflexion qui importent.

Alors oui, le héros est un peu naïf, sa relation avec Opale totalement prévisible, les adjuvants un peu caricaturaux, les personnages secondaires arrivent comme un cheveu sur la soupe, les retournements de situation sont invraisemblables...  Mais je vous mets au défi de sortir de cette lecture sans avoir, ne serait-ce qu'un peu, envie de tester l'hypnose régressive.

Info : publié en vo (français) chez Albin Michel en 2018 au prix de 22.90€. 

 

 

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11 août 2019

Spécial été 2019 : des livres de moins de 200 pages

J'ai décidé de me motiver un peu à lire en me lançant dans des challenges de lecture, histoire de profiter de l'été pour faire descendre un peu les piles de livres qui s'accumulent chez moi. Pour cela j'ai privilégié des titres de fiction courts.

 

Pour rester dans la saison commençons avec un auteur que j'aime beaucoup, Luis Sepúlveda, avec Histoire d'une mouette et du chat qui lui apprit à voler qui se passe en France pendant les vacances d'été...

 

Hitsoire d'une mouette et du chat qui lui apprit à volerhappy smiley

 

Je ne peux pas mieux décrire ce livre qu'en parler comme une histoire transgénérationnelle. Si ce n'est pas vraiment un roman, je n'ai pas eu l'impression que Sepúlveda s'adressait plus particulièrement à des enfants comme cela avait été le cas dans Histoire d'un chien Mapuche.

Tout est dit dans le titre : c'est l'histoire d'une mouette et du chat qui lui apprit à voler. Je trouverais dommage d'en dire plus alors que l'ouvrage fait moins de 120 pages. Bon si vous insistez ! Un chat s'attend à passer un été tranquille suite au départ de son maître. C'est également l'époque de la ponte pour les mouettes du nord et de l'ouest de la France.

Même si le livre est très court, il est tout de même divisé en deux parties et onze chapitres. Le rythme est donc rapide mais laisse l'histoire s'installer. On a le droit à de l'humour, à des rebondissements, à des pauses aussi pour développer la relation entre les personnages. Luis Sepúlveda est un merveilleux conteur. De son écriture s'échappe une douce mélancolie. Il y a quelque chose de tellement poétique dans le fond comme dans la forme qu'on se laisse bercer au fil des pages

Nous faisons la connaissance de personnages peu nombreux mais haut en couleur. Tous sont volontaires et solidaires. Par quelques remarques, descriptions ou tics de langage, l'auteur parvient à donner une personnalité différente, une tonalité reconnaissable entre toutes, à chacun des chats de ce récit.

Si la majorité des protagonistes sont des animaux, on devine ici un message de solidarité et de fraternité qui nous est adressé à nous lecteurs humains. Comme toujours Luis Sepúlveda nous raconte une histoire qui fait du bien au cœur avec un message écologique. Cette fois il s'attache à dénoncer la pollution des mers et océans tout en conservant un message d'espoir. 

Infos : publié en vo (espagnol / Chilien) en 1996 / publié en 1996 en français aux éditions Métailié / actuellement à 7€ dans la collection "Suites".

 

Comme vous allez le remarquer j'ai varié les genres littéraires afin de voyager un peu cet été... N'étant pas fan des romans policiers, j'ai décidé de découvrir la plume de Joyce Carol Oates avec son roman Viol, écrit il y a quinze ans et pourtant encore tristement d'actualité.

Viol une histoire d'amourhappy smiley

 

Le 4 juillet Tina Maguire rentre chez elle avec sa fille de douze ans, Bethie, après avoir passé la journée de la fête nationale avec son petit-ami et ses invités. Elle coupe par le parc en souhaitant gagner du temps et admirer le paysage. Elle va être victime d'un viol collectif et sera laissée pour morte. Bethie assistera à la scène, impuissante.

Le roman suit les événements à partir du départ de la fête. C'est l'occasion de découvrir les horreurs que Tina et Bethie doivent supporter non seulement de la part de l'avocat de la défense, mais également des proches des violeurs, des médias et de l'opinion publique qui semble plus encline à condamner la jolie et fantasque Tina Maguire que les fils de bonnes familles qui ont pourtant déjà un casier judiciaire. Le sentiment d'injustice est très présent au sein de Viol, d'autant plus que l'autrice nous renvoie sans cesse à l'acte abominable qui a eu lieu. Mais, comme si elle ne supportait finalement pas de voir une telle injustice, elle créé Dromoor, agent de police qui va relancer les dés.

Bethie est le personnage central de Viol, celui qui assiste à tout de ses yeux innocents, qui connaît à peu près la vérité des événements. Tina, sa mère, est finalement très absente, mais reste toujours présente dans l'esprit de l'ado. Le héros de l'histoire c'est Dromoor, un ancien militaire devenu policier. Il va être le premier à arriver sur les lieux du viol. Un lien indicible va se créer entre lui et les deux femmes Maguire.

L'écriture de Joyce Carol Oates, on l'aime ou pas. Moi j'ai adoré sa plume directe et ses phrases très courtes, parfois nominales. A d'autres moments au contraire, elle crée des images, sortes de métaphores pour dire l'indicible. J'ai aussi beaucoup aimé l'usage du "tu" pour s'adresser à Bethie adulte. Cela laisse une impression à la fois d'intimité mais donne également une distance aux événements passés. 

La construction de l'œuvre participe à la beauté narrative du roman. L'autrice ne raconte pas l'histoire de façon totalement linéaire. Comme dans les souvenirs où les traumatismes ressurgissent de façon aléatoire, le viol et ses détails hantent le roman de la première à la dernière page. On revient dessus encore et encore. Joyce Carol Oates le montre sous différents points de vue. Parfois il est ravivé par un mot, un geste. Il est intéressant de noter que si elle nous offre les pensées de Bethie, quelques-unes de Dromoor et de quelques violeurs, nous n'aurons jamais accès aux souvenirs de Tina qui restera toujours lointaine, évanescente.

Le personnage de Dromoor offre une sorte d'échappatoire au roman qui aurait pu être beaucoup plus noir. Nous savons tous ce qui se serait passé sans lui. Même si Joyce Carol Oates a finalement épargné Bethie et Tina de bien des maux, c'est bien sur cette certitude que le roman ouvre : les victimes de viol se retrouvant à la barre des accusés à devoir défendre leur moralité, à justifier leur comportement... sûrement "elles l'avaient bien cherché". Combien de femmes sont soupçonnées de mentir, sont accusées de ruiner la vie de leur bourreau, sont traitées de tous les noms pour oser parler ?

C'est peut-être cela qui m'a gênée ici. Même si Dromoor est un personnage ambivalent, qu'une forme de justice quel qu'elle soit est préférable à aucune justice du tout, je me suis sentie flouée. Les Dromoor n'existent pas dans la vie réelle. J'aurais voulu que l'autrice assume son histoire, raconte le procès, aille jusqu'au bout des humiliations, accepte que les violeurs s'en sortent. J'aurais souhaité une vraie dénonciation en montrant l'horreur et l'injustice dans leur plus bel apparat. 

Info : publié en vo (anglais) en 2003 chez Carroll & Graf Publishers / publié en 2006 en français par Philippe Rey où il est disponible actuellement à 8,50€.

 

J'ai aussi profité de ma décision de lire des titres de moins de 200 pages pour tenter des livres que je n'aurais pas forcément choisis autrement.

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Dans Les Chasseurs dans la neige, Jean-Yves Laurichesse imagine comment son peintre favori, Pieter Bruegel en est venu à peindre le tableau dont le titre emprunte le nom. Il est ici question d'inspiration et de création artistique mais également d'une amitié entre un homme dans la force de l'âge et une jeune provinciale. La narration alterne ainsi entre le point de vue de Pieter et Mayeken. 

Même si la thématique est riche et m'intéresse beaucoup, le récit m'a semblé bancal. L'auteur passe beaucoup de temps sur la rencontre et le début d'amitié entre les deux protagonistes. Mais après ces quelques jours de découverte, le récit prend de la vitesse et s'attarde très peu sur la suite des événements. J'ai eu l'impression qu'à partir du moment où le tableau avait été peint et vu par la jeune fille, l'auteur n'avait plus rien à raconter et a souhaité finir l'histoire au plus vite.

Pieter et Mayeken sont des personnages assez inconsistants. Certes la narration est faite depuis leurs points de vue et peut-être que Mayeken est un peu plus développée, mais finalement nous n'avons jamais réellement accès à leurs sentiments l'un pour l'autre. Cette amitié qui est au centre du récit reste très en surface... pourtant la fin de l'histoire sous-entend un lien extrêmement fort.

Il est évident que l'auteur n'est pas un romancier. Je pense qu'il s'agit plutôt d'un récit pour le plaisir puisqu'il le dit lui-même : Les Chasseurs dans la neige l'ont fasciné depuis l'enfance. Ce livre peut plaire aux admirateurs de Pieter Bruegel. De mon côté j'ai beaucoup aimé la thématique du processus de création artistique. Toute la première partie du livre s'intéresse au pourquoi et comment de chaque détail du tableau. Il est question d'imaginer le fil de pensée de l'artiste entre ce qu'il a vu, ce qu'il a imaginé, ce qu'il a ressenti et son intention créative. C'est cet aspect que j'ai préféré et je pense que Jean-Yves Laurichesse aussi...

 Info : publié en vo (français) en 2018 aux éditions des Atelier Henry Dougier au prix de 14€.

 

 

Passons maintenant à l'ancêtre de mes lectures de l'été avec Le Mandarin de José Maria de Eça de Queirós écrit en 1885. Il s'agit de ce que je décrirais comme une fable morale usant du fantastique.

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Teodoro est un petit fonctionnaire portugais qui rêve de grandeurs. Un jour il se trouve devant un choix : faire sonner une clochette pour obtenir la fortune d'un vieux chinois; mais cet acte aura pour conséquence de mettre fin à la vie du mandarin et de porter à jamais la culpabilité de cette mort.

L'histoire est narrée à la première personne par Teodoro. Le livre est construit de façon linéaire, suivant ses déplacements d'abord dans sa ville, puis en Europe et enfin en Chine.

Teodoro est le seul réel personnage, les autres ne servant que son intrigue. C'est un être pathétique, avide et superficiel. L'argent qu'il hérite du mandarin ne va pas améliorer son caractère, le rendant méprisant avec un complexe de supériorité. Je pense qu'Eça de Queiroz a fait volontairement de Teodoro un être antipathique puisqu'il s'agit d'un contre-exemple dans une fable morale. 

Le livre accuse son grand âge par sa thématique et sa narration assez apathiques. Il est de plus très insistant sur la morale de l'histoire, d'abord par le prologue écrit par l'auteur, ensuite par la conclusion par laquelle Teodoro s'adresse directement au lecteur. On pourrait résumer ainsi  le message : seul l'argent gagné par notre propre travail, par nos propres mérites, est bon à prendre car sinon le prix a payé est bien plus élevé que le gain ; bref ne tuez pas de mandarin.
Aujourd'hui la thématique du pacte avec le diable semble un vieux disque rayé. Evidemment l'auteur connaissait Faust de Goethe (1808 quand même !), mais on peut imaginer qu'en 1885 le sujet pouvait être encore assez frais. Au XIXe siècle les récits fantastiques étaient souvent utilisés à des fins morales. Je pense notamment aux Diaboliques de Barbey d'Aurevilly ou au Diable amoureux de Cazotte. Je me rappelle avoir adoré ces textes, mais les avoir lus de façon totalement anachronique. La morale de l'époque ne s'appliquant plus au XXIe siècle, j'en ai fait totalement l'impasse. Je ne pense pas que les auteurs en seraient très heureux, mais j'estime qu'un ouvrage publié est offert à la subjectivité de tout lecteur. Le Mandarin pourrait être ce genre de lecture détournée.  
Info : publié en vo (portugais) en 1885

 

 

Je finirai sur une biographie (romancée)Indu Boy de Catherine Clément.

 

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Indu Boy suit Indira Gandhi le jour de son assassinat. Sachant que ses jours sont comptés, elle se remémore sa vie à travers des moments clé. Nous avons également droit à des chapitres avec d'autres points de vue notamment celui d'un ancien journaliste sikh (à avoir qu'Indira Gandhi est commanditaire de ce qui devint le massacre de sept cents sikhs au sein d'un lieu sacré et qui mena à son assassinat par ses gardes du corps sikhs).

Je vais avoir du mal à parler de ce livre pour deux raisons.

La première est que je suis restée méfiante tout le long de ma lecture, ce qui m'a empêchée de m'immerger dans le récit. Bien que l'autrice ait rencontré Indira Gandhi huit mois avant sa mort (comme elle nous l'annonce dès les premières pages) je doute que le Premier Ministre soit allée à des confidences aussi intimes que ce que nous raconte l'Indira du livre. J'imagine donc qu'il s'agit d'extrapolations de Catherine Clément très bien informée et se présentant comme experte sur l'Inde. Or cela me gêne beaucoup que ses mots et ses suppositions soient présentés comme les pensées et opinions originales d'Indira Gandhi (le livre étant pour la plupart du temps écrit à la 1ère personne). En tant que lecteur on a tôt fait d'enregistrer des informations, même malgré nous... d'où ma méfiance constante lors de cette lecture. 

Le deuxième problème que j'ai rencontré est mon manque de connaissances. Indira Gandhi appartient à une grande famille indienne. Déjà avant la colonisation le poids politique des Nehru était considérable. Cela a continué en véritable dynastie politique. En lisant Indu Boy on aborde les carrières du grand-père Motilal Nehru puis du père Jawaharlal Nehru, la lutte de Mahatma Gandhi, les relations de l'Inde avec la Chine, la Russie, les États-Unis et bien sûr l'Angleterre, l'indépendance de l'Inde et sa division, la guerre avec le Pakistan, la naissance du Bangladesh, les actions d'Indira lors de ses mandats, sa relation avec le peuple indien, etc. C'est une histoire riche, compliquée, longue. Or le livre est court et ne s'attarde pas sur les détails. Nous passons d'un événement à un autre, parfois séparés de nombreuses années. Il n'y a pas d'explications ou si peu. Il est clair qu'Indu Boy est destiné à un lectorat ayant déjà une bonne connaissance de l'histoire de l'Inde et se ses grands personnages. Or cela n'est pas mon cas et beaucoup d'éléments m'ont donc échappés.

Info : publié en vo (français) en 2018 au Seuil / publié en poche chez Points en 2019 au prix de 6.50€.

 

 

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